Plus qu’un Ressenti du Maroc

désert et forêt marocains
Paysage désertique au Maroc, verdâtre © 7chriss3 | Dreamstime.com

Marrakech s’étend au pied de l’Atlas, sous le soleil brillant, parfois torride à certaines heures du jour. La médina, ancienne capitale des Almohades, fondée en 1062 par les Almoravides, laisse fuser ses minarets et ses dômes ; ses magnifiques palais, ses mosquées, ses maisons ocre-rouge embellis par la lumière opaline qui se déploie langoureusement dans la plaine, à l’orée des palmeraies et du désert.

Si l’on se perd dans ses venelles, ce sont les cris des marchands ambulants et les odeurs d’épices qui vous accueillent! Aux abords d’un souk sous les remparts, on avance difficilement, à petits pas, parmi les étalages quelquefois au sol. L’espace encombré et la foule serrée vous déplace selon son rythme joyeux.

Que de visages ! Visages bruns, noirs, halés par le vent, sans âge, sous la capuche brune ou un turban jaune ajouré, le chèche rouge ou la calotte pourpre. Ballet de burnous, de gandouras bleues et blanches, de gilets blafards et de fez traînant quelquefois sous le derrière.

Les femmes apparaissent voilées de noir ou de blanc, des femmes dévoilées aussi, affublées de l’habit traditionnel, tatouées d’autre fois de signes étranges, bohémiennes errant à travers les étals portant leurs couffins dégarnis. Des jeunes filles aux sourires envoûtants, dissimulant leur chevelure sous un foulard, une fine soierie, fardées et munies de lourds bijoux de fantaisie, des boucles d’oreilles tombant comme des cerceaux et des yeux intenses, rendus plus noirs encore par le khôl.

Et puis cette musique qui vous suit partout, qui vous devance ou vous précède, ces voix désincarnées, cet air de fête qui se décline en zourna, un chant authentique, lointain, qu’accompagnent la flûte et le tambourin, suivant un tempo effréné qui pénètre les sens, invite à la danse, ponctuant l’agitation alentours.

Un espace en mouvement riche de couleurs et de sons, un arc-en-ciel humain, diversifié, qui se défait et se reforme sous la lumière qui vibre, jaillissant des coins les plus obscurs, éclairant ces remous insensés, cet émoi qui vous prend et vous conduit à sa manière au bord de l’illusion.

Puis les fumets de brochettes qui planent de part et d’autre, se mêlant gracieusement à quelques senteurs forts de l’encens et du musc. De chaque côté, chariots de fruits et de pastèques qui trônent aux angles des immeubles.

Des plats traditionnels qui sont cuisinés quelquefois en plein air laissent marauder une odeur de méchoui soit de kebab, des effluves de grillades fortes et de maïs torréfié.

Ne vous étonnez pas si l’on vous interpelle, c’est sans doute un vendeur de tapis berbères aux couleurs de rêves, un marchand de bijoux ciselés dans un cuivre rouge, soir un crieur public qui vous éveille au conte, vous proposant des burnous et des étoffes bariolées.

Certaines ruelles sont ainsi occupées par des commerçants étalant leurs marchandises souvent jusqu’au sol, objets traditionnels de toute sorte, ustensiles en terre cuite, ornements en métaux précieux, réalisations en cuir de mouton ou en peau de chèvre, armes anciennes rouillées qui racontent une histoire perdue dans les temps de bruit et de conquête.

Combien de peuplades sont passées par cette cité impériale entre l’invasion arabe et la domination espagnole? Combien de civilisations ont laissé leurs traces sur ce sol battu par les vents, au carrefour du monde, à deux pas de l’Andalousie, dominant la Méditerranée aux portes de l’Atlantiques, peu distant d’autre part du Sahara.

Le conteur qui déroule ses histoires en plein souk, comme Homère autrefois sur les agoras grecques, ne vous laissera pas indifférent. Marrakech, c’est le début d’une aventure. Cette Perle du Sud est à visiter et à revisiter, on ne s’en lasse pas de ses merveilles, s’apprêtant à découverte après découverte!